La Tunisie fait face à une nouvelle dynamique migratoire qui touche de plus en plus des profils qualifiés.  Il y a pour la Tunisie un enjeu de développement, de circulation des compétences et de maintien d’un lien durable avec ses compétences à l’étranger.

Dans ce contexte, l’ATUGE a obtenu le soutien du projet THAMM OFII pour engager une réflexion structurée autour d’une question centrale : comment améliorer l’attractivité de la Tunisie vis-à-vis de ses compétences expatriées ?

 

L’étude s’est appuyée sur une démarche en deux temps : d’abord un diagnostic des obstacles au retour, puis l’élaboration d’une feuille de route de l’attractivité, l’objectif étant de passer du constat à l’action, en identifiant les freins concrets rencontrés par la diaspora et en proposant des mesures opérationnelles adaptées à la diversité des projets de retour.

Un retour qui change de forme

Le premier enseignement de l’étude est clair : le désir de retour existe, il est porté par des motivations fortes : l’attachement familial, la volonté d’entreprendre, le souhait d’investir et la contribution au développement national ou encore un projet de retraite au pays.

 

Mais ce retour change de forme, la diaspora envisage de plus en plus des modalités de retour souples, progressives, temporaires ou circulaires. Selon l’étude, 71 % des Tunisiens résidents à l’étranger privilégient un modèle de retour partiel ou temporaire, contre 29 % seulement qui envisagent une réinstallation définitive.

 

Cette évolution invite à dépasser la vision classique du retour définitif. Aujourd’hui, contribuer à la Tunisie peut prendre plusieurs formes : emploi, investissement, mentorat, recherche, enseignement, télétravail, transfert de compétences, ouverture de marchés ou engagement territorial.

Des obstacles identifiés et traduits en mesures

L’étude met en évidence plusieurs freins majeurs : manque d’opportunités d’emploi adaptées, niveaux de salaires peu attractifs, reconnaissance insuffisante de l’expérience acquise à l’étranger, complexité administrative, manque d’information fiable, contraintes bancaires et de change, accès limité au financement, fiscalité peu lisible, difficultés de scolarisation des enfants et disparités régionales.

 

Face à ces constats, la feuille de route propose trois axes d’intervention complémentaires. Le premier vise à créer et maintenir le lien avec la diaspora en mutualisant les moyens des structures d’appui à l’investissement : renforcement du dispositif de guichet unique dédié aux Tunisiens de l’étranger et amélioration des mécanismes d’arrière-guichet nécessaires à une prise en charge efficace, en matière d’orientation, de coordination interinstitutionnelle, de suivi des demandes et de simplification des parcours. Cet axe prévoit également le développement des liens académiques et une meilleure attractivité pour les retraités tunisiens de l’étranger.

 

Le deuxième axe porte sur la création d’opportunités d’emploi, notamment par l’élaboration d’une grille salariale spécifique pour les compétences de retour, l’incitation au recrutement de profils expatriés en Tunisie et la création d’un statut de travailleur « non-résident » dans le cadre de la politique de voisinage de l’Union européenne (pour les salariés demeurant en Tunisie d’entreprises situées dans l’UE). Le troisième axe vise à accroître l’attractivité des investissements en renforçant les réseaux de co-investissement mais aussi à travers un cadre fiscal favorable, la simplification administrative et l’accès des Tunisiens de l’étranger au statut d’auto-entrepreneur.

 

Vers une nouvelle approche de la migration circulaire

La démarche portée par l’ATUGE, avec l’appui de l’OFII dans le cadre du projet THAMM-OFII, invite à repenser la relation entre la Tunisie et ses compétences expatriées.

 

Il ne s’agit plus seulement de faire revenir les Tunisiens de l’étranger, mais de créer les conditions de leur contribution continue au développement du pays. Cela suppose des dispositifs adaptés aux nouvelles formes de mobilité, un cadre plus favorable à l’emploi, à l’investissement et à la transmission d’expertise, ainsi qu’une meilleure reconnaissance du capital humain tunisien à l’échelle mondiale.

 

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